La reconnaissance des différents corps, parcours et expériences des personnes trans* dans le discours populaire

Les personnes ayant un parcours trans* intéressent le public depuis des décennies. Toutefois, il est rare que leur expérience soit rapportée au public par des personnes ayant elles-mêmes un parcours trans*, définissant le corps, l’expérience et le parcours des personnes concernées selon une compréhension binaire et hétérosexiste. Cet article se veut une introduction et un guide à l’intention de celles et ceux qui s’intéressent aux différents enjeux liés à ces individus, qu’elles et ils oeuvrent dans le domaine médiatique, culturel ou communautaire.

1. “Changer de sexe” : pas pour toutes les personnes trans*

Chaque expérience, chaque corps et chaque parcours sont différents. Ainsi, il est périlleux de simplifier les parcours trans* à la seule expression ‘’changer de sexe’’. Il se peut que certaines personnes réfèrent effectivement à leur parcours particulier avec cette expression : pour d’autres, celle-ci pourrait ne rien vouloir dire.

Comme le sexe réfère à l’anatomie et au statut médico-légal, cette expression invisibilise les personnes ayant un parcours trans* qui ne désirent pas avoir recours à quelque chirurgie que ce soit et qui ne vivent aucune dysphorie génitale (le sentiment d’inadéquation entre les organes génitaux perçus et ceux vécus). Aussi, cette expression peut devenir très litigieuse, induire en erreur et créer un sentiment de peur inutile lorsque appliquée à des enfants ayant un parcours trans*.

2. Le parcours est trans*, mais l’identité peut-être pas

Les termes trans* et transgenre sont d’abord des adjectifs, c’est-à-dire qu’ils décrivent un parcours qui est majoritairement le suivant : 1. Assignation d’un genre à la naissance; 2. Identification à un genre autre que celui assigné à la naissance.

Comme le genre se définit, dans notre société, selon un spectre allant d’un extrême féminin à un autre extrême masculin, il est possible de s’identifier sur n’importe quel point du spectre, voire même en-dehors. Toutefois, comme les termes trans* et transgenres définissent en premier lieu et de manière générale un parcours (d’un point à un ou plusieurs autres), ils ne peuvent donc être considérés eux-mêmes comme des identités de genre. C’est pour cela qu’on préfèrera les utiliser d’abord comme adjectifs. (une personne trans*, l’enfant trans*, le parcours trans*…)

Il faut cependant noter que pour plusieurs personnes ayant un parcours trans*, l’identification à la sous-culture trans* ou transgenre peut être assez grande pour s’identifier comme tel. L’important, ici, est de ne pas contribuer à l’invisibilisation de celles et ceux ne s’identifiant pas ou peu à cette sous-culture, en évitant de dire uniformément “le ou la transgenre” ou en imposant une “transidentité” commune.

3. Le corps des personnes ayant un parcours trans* leur appartient

La pression sociale ne régule pas seulement les genres, mais également les corps. Aussi, le discours sur le corps des personnes ayant un parcours trans* doit être très scrupuleusement analysé pour éviter les pressions énormes que les personnes trans vivent pour conformer leur corps aux attentes de la société.

Car si cette dernière affirme, en 2014, que les personnes ont le droit à l’autodétermination en ce qui concerne leur identité de genre, elle se garde bien de leur donner le droit de s’approprier leur corps. En effet, si on concède que notre corps nous appartient, alors celui-ci est de notre genre. Il serait hypocrite d’affirmer qu’une femme ayant un parcours trans* ait des organes génitaux masculins, puisque ces organes génitaux sont les siens et qu’elle est une femme. La société se doit d’être conséquente dans sa décision de reconnaître l’identité des personnes ayant un parcours trans*.

Ainsi, les expressions problématisant le corps des personnes ayant un parcours trans doivent être évacuées du discours populaire, car en plus de mettre une pression indue pour que leur corps se conforment aux attentes sociales, elles contribuent à internaliser un discours très négatif sur certains corps.

Prisonnier.ère d’un corps de femme ou d’homme; né.e dans un corps de femme ou d’homme; né.e dans le mauvais corps ; tant d’expressions qui désincarnent l’expérience vécue par les personnes ayant un parcours trans*.

4. “Homme devenu femme”, “femme devenue homme”…

Certaines personnes ayant un parcours trans* n’hésiteront pas à s’identifier comme “homme devenu femme” (ou MtF) ou “femme devenue homme” (FtM). Le but de cet article n’est pas de leur nier ce droit à l’auto-identification, ni même à le gérer : il s’agit de comprendre que ce n’est pas un référent universel pour l’expérience trans*.

Les termes “homme” et “femme” désignent des réalités culturelles et des perceptions sociales qui ne sont pas vécues de la même manière par chacun. Aussi, par exemple, une personne ayant été assignée femme à la naissance pourrait très bien ne jamais s’être identifiée ou avoir été perçue comme tel. Si cette personne en vient à s’identifier à un genre autre que féminin, pourra-t-on dire qu’elle ait jamais été ce que la société entend par “femme”?

Plusieurs personnes ayant un parcours trans* ne se sont jamais identifiées comme étant du genre assigné à leur naissance. Des expressions comme “homme devenu femme” ou “femme devenue homme” invisibilisent leur parcours et nient l’expérience de ces personnes, et ne doivent donc pas être utilisées comme référents.

5. Pour en finir avec le “sexe biologique”

La notion de “sexe biologique” (ou parfois “sexe anatomique”) en tant qu’essence masculine ou féminine est un construit social auquel n’adhère pas plusieurs personnes ayant un parcours trans*, en plus de causer un tort souvent très grand aux personnes intersexes.

Couramment, le sexe biologique est défini par trois critères : les organes génitaux externes, les gonades et les chromosomes. Or, pour la vaste majorité des individus, seuls les organes génitaux externes sont observés pour se voir attribuer un “sexe biologique” à la naissance, tandis qu’on sait pertinemment qu’il existe un éventail de combinaisons possibles : ainsi se perpétue l’illusion qu’il n’existe que deux “sexes biologiques”, à coup de mutilations effectuées sur des bébés et des enfants intersexes pour que leurs organes génitaux externes se conforment aux attentes sociales.

On voit donc ici qu’il n’est nullement question de biologie lorsqu’on parle de “sexe biologique”, mais bien de la perception du regard médical et social envers des organes génitaux externes. C’est ce regard qui “genre” le corps des individus. Et comme on l’a vu, si on accorde aux individus le fait que leur corps leur appartient… la notion de sexe biologique correspondrait finalement au genre d’identification de l’individu.

La notion de “sexe biologique” est souvent brandie comme un argument pour tenter d’artificialiser l’identité des personnes ayant un parcours trans*, et faire de leur transition un caprice ou un besoin superficiel créé à l’encontre de la “nature”. Il importe donc d’évacuer cette expression du paysage médiatique, culturel et social.

Cessons de genrer à outrance, et nommons sans jugement un chat, un chat : une fille qui a un pénis demeure une fille. Elle a un pénis de fille, puisqu’elle en est une. De même, un garçon qui a une vulve a une vulve de garçon, tout simplement.

À garder en tête…

L’expérience, le parcours et le corps des personnes trans* sont uniques et spécifiques à chaque individu. Il est donc d’une importance cruciale, pour ne pas marginaliser davantage ceux-là même qu’on prétend aider, d’adopter un discours qui respecte chacun dans son caractère distinct.

Ce ne sont pas l’expérience, le parcours ou le corps des personnes trans* qui doivent être problématisés, mais bien le regard social qui les juge et leur cause préjudice. Ainsi, parlons des personnes trans* non pas comme des personnes “nées dans le mauvais corps”, mais “s’identifiant du genre opposé à celui assigné à la naissance”. Quand chacun sera reconnu dans son unicité et dans sa totalité, on pourra vraiment parler de valorisation de la diversité.

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3 réflexions sur “La reconnaissance des différents corps, parcours et expériences des personnes trans* dans le discours populaire

  1. Mon petit commentaire de personne qui aime trop théoriser : Selon la définition de l’identité qu’on utilise, je ne pense pas qu’on puisse totalement séparer identité et parcours trans. Je m’appuie sur une distinction entre identitié, c-à-d ce qui fait que tu es toi et ce qui fait partie de toi et de ton expérience, et identification, c-à-d les termes utilisés pour exprimer positivement cette identité.

    Je définis l’identité trans comme une identité qui dépend du parcours trans. Pour moi, m’identifier comme femme est une identité trans, dans la mesure où je ne peux m’identifier ainsi qu’en rejetant le genre qu’on m’a assigné à la naissance, de la même manière que ma soeur ne peut s’identifier comme femme qu’en assumant une identité cis parce que cette identification reflète son genre assigné à la naissance.

    Personnellement, je ne m’identifie pas comme trans, i.e. je n’ai pas une identification trans, mais, que je le veuille ou non, le fait que mon parcours trans est un fait qui structure en bien des façons la personne que je suis, de la même façon qu’être cis aurait profondément structuré mon identité et mon expérience. La même chose peut se dire, par exemple, du harcèlement que j’ai vécu à l’école : je ne m’introduis pas comme « Lucrezia », victime de harcèlement pendant toute ma scolarité, mais le fait que cela se soit passé fait partie de moi et de mon identité.

    Cela dit, ce que je dis est peut-être un peu abstrait pour une introduction à la question, étant donné la situation initiale qu’on connaît…

    L’article est fort bien ❤

    • Je crois que c’est débattable. Je suis consciente que le fait d’être trans* puisse être une facette de son identité en tant que personne genrée, et que le genre est difficilement dissociable de toutes les expériences; toutefois, ce que je tentais d’exprimer, c’est que l’identité trans* reflète davantage un mouvement dans le spectre du genre, plutôt qu’une identité de genre en tant que telle.

      Bref, l’idée étant que ce n’est pas toutes les personnes trans* qui s’identifient comme étant de genre « trans » ou comme faisant partie de la sous-culture trans*, et que subséquemment, il est invisibilisant de parler de celles-ci en disant « les trans » ou « les transgenres ».

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