Pistes pour une école inclusive des élèves non-conformes dans le genre

La salle de classe est un milieu hostile pour les enfants non-conformes, fluides ou créatifs dans le genre. La plupart des enseignant(e)s ne sauront jamais qu’ils ou elles ont affaires à un enfant qui ne se considère peut-être pas tout à fait comme un garçon ou une fille. Considérer que les individus, et les enfants surtout, sont nécessairement d’un genre conforme à leur présentation ou à leur sexe est une présupposition dangereuse : les chiffres indiquent que jusqu’à environ 15% des enfants montrent des signes de non-conformité dans le genre qui leur a été assigné à la naissance.

Stéréotypes de genre et réactions sociales démesurées

On dit souvent des gens qui tentent de sensibiliser la population aux stéréotypes de genre qu’ils cherchent en fait à détruire les stéréotypes de genre. Il ne s’agit pas de ça. Il s’agit de prendre les stéréotypes pour ce qu’ils sont : des stéréotypes. Et comprendre qu’ils sont construits, et pas nécessairement applicables à tout un chacun. Vous conviendrez que c’est raisonnable, comme demande, non?

Semble-t-il que ce ne l’est pas, du moins selon les parents qui se soulèvent, de ce temps-ci en France, contre l’implantation du programme ABCD de l’égalité, dont j’ai exposé les ramifications dans un billet précédent. Ce programme cherche à sensibiliser les enfants à la présence de stéréotypes à l’école et dans la société. Juste ça, il paraît que c’est suffisant pour retirer des enfants des écoles et manifester. Même lors de l’implantation du programme d’Éthique et culture religieuse, au Québec, on a vu moins pire.

L’implantation du programme ABCD de l’égalité a eu des échos au Québec, se trouvant un pourfendeur redoutable en la personne de Mathieu Bock-Côté, qui voit dans la lutte contre les stéréotypes de genre le fondement d’ « une conception particulièrement radicale, et souvent même fanatisée, de la ‘’lutte contre les discriminations’’, en cherchant à abolir dans tous les rapports sociaux la différence sexuelle, jusqu’à en censurer ou effacer les traces dans le langage. » [1]

Nous ne sommes pas sortis du bois.

Une pédagogie différenciée nécessaire

Ainsi, environ 15% des enfants n’expriment pas un genre stéréotypé ou ne s’identifient pas nécessairement comme garçon ou fille. Cela fait donc environ un(e) élève sur sept. Un(e) élève sur sept qui vit de l’angoisse, chaque fois que l’enseignant(e) ou un(e) camarade met tous les garçons ou toutes les filles dans le même panier (« les garçons sont toujours agités », « sois une bonne fille et assieds-toi », « les garçons d’un côté, les filles de l’autre ».)

On ne parle pas seulement d’une petite angoisse passagère. On sait que la majorité de ces enfants non-conformes dans leur expression de genre, qu’on n’identifie pas nécessairement dans les classes (comme les bébés pigeons), vont éventuellement s’identifier en quelque part sur le spectre LGBTQIA (lesbiennes, gais, bisexuel(le)s ou bispirituel(le)s, trans*, queers, intersexes et autres). Par rapport à l’expression de genre, le rapport de la Chaire de recherche sur l’homophobie de 2011, sur la transphobie en milieu scolaire, est accablant :

«Pour certains jeunes, le fait d’être victimes de transphobie et d’homophobie aura une incidence importante sur leur bien-être psychologique (isolement, troubles du sommeil ou d’appétit, dépression, insécurité) et sur leur cheminement scolaire (absentéisme, baisse de la motivation, de la concentration et du rendement scolaire, décrochage). »[2]

Il est donc crucial, dès le primaire, de sensibiliser les élèves aux effets des stéréotypes de genre, et de quelle manière ils doivent être appréhendés. Cela passe nécessairement par la sensibilisation des enseignant(e)s et du personnel de soutien.

Des espaces sécuritaires pour tous

Sur un autre front, la reconnaissance de la non-binarité de l’expression de genre ainsi que de certaines caractéristiques sexuelles devrait être prise en compte dans l’attribution des lieux ségrégés (toilettes, vestiaires). J’ai visité plusieurs écoles où les toilettes n’étaient pas ségrégées (et je ne parle pas juste des toilettes du rez-de-chaussée du pavillon SH de l’UQAM) et croyez-moi, c’est loin d’être la fin du monde pour les élèves. En ce sens, l’accès à des toilettes et à des vestiaires non-genrés devrait être un standard dans les écoles primaires et secondaires québécoises. Et c’est vraiment le moindre qu’on puisse faire pour ces jeunes.


**

[1]http://blogues.journaldemontreal.com/bock-cote/politique/abolir-le-pere-abolir-la-mere/

[2]http://www.colloquehomophobie.org/wp-content/uploads/2012/12/9Transphobie_milieu_scolaire_Quebec.pdf (p.30)

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